Damnation
Il existait ces dernières années un lieu commun fort répandu qui m’agaçait bien qu’il ne m’empêcha pas de dormir, mais que je trouvais ridicule et affligeant ; j’avais cru comprendre que la tendance s’inversait et qu’il tendait à disparaître. Je parle de la manie d’appeler les gens « Ma puce ». Ma puce ?! Pourquoi ma blatte ou mon cancrelat ? Je ne suis pas, loin de là, opposée aux surnoms et aux diminutifs : je trouve charmant quand quelqu’un adresse un petit sobriquet quelquefois énigmatique comme un petit clin d’œil verbal d’une personne concernée à une autre personne concernée qui en saisit bien la substance. Dans ma jeunesse, en famille j’étais moi-même affublée d’un surnom dont j’ai déjà parlé : « Potichon » qui réellement ne pouvait convenir qu’à moi. Mais : « Puce » Il y a là quelque chose de réducteur, outre le fait être comparé à un parasite et qui nous ramène au niveau du n’importe qui interpellé par n’importe qui. Moi, je le ressens presque comme une façon inconsciente d’émettre une certaine condescendance sur quelqu’un qu’on considère comme un tantinet inférieur ou dont on ne se donne pas la peine de se rappeler le nom.
Voilà, mais je trouvais ces derniers temps que ce penchant tendait à disparaître. Et voici que l’impossible, l’improbable, l’incroyable et L’horrifique réunis se produisent : On m’a gratifiée d’un « Ma puce ». Ma Puce, moi, à mon âge. Avec mon profil…. Ça veut dire quoi, ça, ça sous-entend qu’on voudrait me dresser comme les dresseurs de puces dans le temps ou m’écraser entre deux ongles rageurs ; je me suis précipitée sur le produit antipuces de mon chat dont je me suis aspergée. (Je blague). En réalité, je n’ai même pas répondu et j’ai tourné le dos ; c’est ce que toute puce un tant soit peu civilisée aurait fait.
Voilà donc j’espère que ça ne se renouvellera pas parce que je serai obligée de prendre des sanctions. Ça n’est pas parce que Berlioz a introduit l’histoire de la Puce gentille dans sa Damnation de Faust que ça donne des titres de noblesse à cette bestiole.
Une réponse
Et puis, ça pique et ça gratouille!